Dupré Digital: Dupré - der Komponist 1/2 (Episode 9 - Subtitles in English, French and German)

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Language: French

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Et qu’appréciez-vous dans sa musique ? C‘est une bonne question, est-ce que j‘apprécie réellement la musique de Marcel Dupré ? Je n‘en sais rien, en fait. Je dirais que c‘est une musique qui est généralement bien faite. En tout cas, sur le plan du contrepoint, on n‘a rien à dire. Sur le plan émotionnel, je pense qu‘on n‘en est pas tout à fait là... en fait. Alors je n‘arrive pas à savoir si c‘est le reflet d‘une époque ou si c‘est le reflet de l‘homme. Parce que c‘est quand même dans une époque où il y avait des compositeurs qui étaient vraiment très sur le sentiment, sur l‘affect musical, ne serait-ce que Messiaen, par exemple, - on peut en citer d‘autres quand on prend la musique de Langlais ou de Litaize, il y a des fois des pièces plus expressives que ce qu‘on trouve chez Dupré. Schumann disait dans son règlement intérieur musical et sa règle de vie : « Méfiez-vous des pièces qui vous plaisent à la première audition ». Avec certaines œuvres de Dupré, on peut prétendre ne pas tomber dans ce piège. Ceci, pour dire que la musique de Dupré demande parfois du temps simplement,
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pour être appréciée autant par le joueur, que pour l'auditeur. L'ambivalence dont parlent Olivier Latry et Winfried Bönig peut être ressentie par ceux qui entendent la musique de Dupré pour la première fois. En effet, à quelques exceptions près, la musique de Dupré n'est pas caractérisée par une exubérance d'émotions. Lorsqu'on demande à nos interlocuteurs quelle pièce les a mis en contact pour la première fois avec Dupré, c'est toujours les « 3 Préludes et Fugues op. 7 », la « Symphonie-Passion » ou « Le Chemin de Croix ». Autant de pièces qui dans leurs sonorités se rapprochent étroitement encore de la grande tradition française de l'orgue. Dans les œuvres de Dupré, on ne trouve que très peu de musique dont la mélodie vous reste en tête. Ses œuvres, surtout les plus tardives, ne sont pas toujours immédiatement accessibles à l'auditeur. La musique demande beaucoup à l'interprète, indépendamment des exigences techniques. Car aussi correcte que soit la structure de la musique sur le plan formel, la structure systématique n'est parfois pas
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immédiatement compréhensible. Il faut du temps pour trouver un concept cohérent pour son exécution. Un « défi », comme l'appelle Jeremy Filsell, qui souligne les caractéristiques de cette musique. Il était le maître du contrepoint, plus centré sur le motif que sur la mélodie. Je ne pense pas que l'on puisse trouver chez Dupré une musique vraiment mélodieuse. Il s'agit en fait d'une musique née de l'harmonie, de l'action, des motifs, d'un motif de fugue, d'une chaconne, d'un ricercare. Le "Triptyque" en est un exemple classique, il se déroule comme une séquence d'actions. Pensez au dernier mouvement ... Vous pouvez découper les différentes parties, comme avec des ciseaux, et les réassembler dans un ordre différent. Je pense que le défi dans de nombreuses pièces de Dupré, c’est de trouver un fil conducteur dans l’exécution. Il y a des musiques qui demandent plus de labeur.
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Et pas seulement de la part de l'interprète, mais aussi de l'auditeur. Sur www.dupre-digital.org, sous l'épisode 9, vous trouverez un lien vers le « Triptyque » op. 51 mentionné plus haut, que Dupré a écrit pour l'inauguration de l'orgue du Ford Auditorium de Detroit en 1957. Cette pièce montre entre autres, le processus de transformation utilisé par Dupré dans sa composition. Si l'on se souvient de la musique des épisodes 1 à 4, la poésie et l’ élégance de ses œuvres de jeunesse laissent place désormais à un style plus rationnel. On remarque en même temps, que Dupré continue à se sentir tenu par la tradition. Des titres tels que Canon, Chaconne, Quodlibet, Ricercare apparaissent à plusieurs reprises dans ses œuvres, faisant référence à des formes qui étaient plus courantes aux 16e et 17e siècles. En tant que maître du contrepoint, il a naturellement aussi souvent utilisé des formes imitatives et fuguées. Il était inégalé dans ce domaine et bien sûr, il le savait. Il s'est attaché à ces principes classiques
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et cette tradition toute sa vie. C'était sa base. Dupré a trouvé un nouveau langage tout en ne rejetant jamais le passé. Là, je vois qu’il trace un chemin vraiment génial, créatif, nouveau, emmenant le traditionnel avec lui. Et cela, c'est plus difficile à repérer dans les pièces où l'on soupçonne trop de construction. Parmi les pièces que l'on pourrait qualifier de « construites », on trouve les « Trois préludes et fugues op. 36 » de 1939, l'œuvre sœur, pour ainsi dire, de l'Opus 7. De nombreux détails que l'on trouve dans la partition imprimée montrent clairement à quel point il était important pour Dupré de s'affirmer sur le plan international comme compositeur, maîtrisant l’art de sa profession à haut niveau. Une pièce de sa jeunesse, la Fugue en si majeur de l'op. 7,
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est une fugue de qualité. Tout y est élaboré. Ou bien pensez au numéro 2 de l'Opus 36, une œuvre tardive, la Fugue en la bémol majeur. C'est aussi une fugue très stricte, avec deux sujets contrastés et un second thème : Dupré note tout dans la partition pour nous dire ce qui se passe. Mais à la fin, tout comme dans la Fugue en si majeur, on a l'impression que le concertiste improvisateur ne veut pas mettre un terme à la fugue de manière sobre, mais qu'il veut la faire éclater à nouveau dans la toccata. Et c'est vraiment amusant, dans la Fugue en la bémol majeur, chaque note a son petit commentaire, de sorte que tout le monde est sûr de savoir exactement ce qui se passe. Cela ressemble un peu à une auto-affirmation, comme pour montrer le compositeur vraiment très sérieux. C'est un merveilleux contrepoint, brillamment composé. Mais en même temps, cela dénote le caractère de quelqu'un qui veut une musique d’orgue tonitruante en plaquant des accords rapides et progressifs. C'est tenu en bride au début, mais ça éclate à la fin. Je pense même que c'est peut-être ici le style le plus réussi.
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C'est peut-être pour ainsi dire la quintessence de Dupré. Deux choses sont maintenues dans une sorte de tension créative, d'une part la musique très sobre et intellectuelle et d'autre part le style très impulsif et en recherche de l’effet. Comme pour son édition des œuvres de Bach, Dupré parsème ses propres œuvres de mentions sur l'analyse musicale et sur les doigtés. Bien entendu, les indications du métronome ne doivent pas manquer. On remarque ceci : En général, les tempi de Dupré indiqués au métronome sont assez rapides. Ce qui me frappe toujours, c'est que lorsqu'il enregistrait ses œuvres sur disque, les tempi étaient toujours beaucoup plus lents que ce qu’il avait indiqué. Il avait affirmé par ailleurs qu'il n'aimait pas les tempi rapides. Alors bien sûr, on se demande pourquoi il a noté des tempi de cette vitesse. Un étudiant de Dupré m'a dit un jour
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qu’il ne voulait pas qu’on joue plus vite que le tempi donné. Dupré a numéroté un total de 65 œuvres et - à quelques exceptions près - les a également publiées. Il a tout d’abord composé pour des instrumentations sans orgue. À partir de 1924, et c’est nouveau, outre les œuvres pour orgue, il compose seulement des pièces instrumentales ayant toujours l'orgue en accompagnement. Son but étant de renforcer le rôle de l'orgue comme instrument de concert et de le mettre davantage au centre de la vie musicale. Les orgues américains eurent une grande influence sur le travail de composition de Dupré. Les orgues français étaient parfois difficiles à jouer en raison de leur actionnement mécanique. Les changements rapides de jeux n'étaient pas possibles comme sur les orgues américains qui jouissaient d’une grande variété et de vitesse d’actionnement. Dupré pouvait jouer de manière plus virtuose sur les orgues des États-Unis grâce à leur technique et souplesse de jeu.
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Il pouvait passer d'une combinaison de sons à une autre beaucoup plus rapidement en mémorisant différentes registrations. De nombreux orgues étaient dotés de jeux à haute pression, de jeux spéciaux caractéristiques tels que le carillon et d’une plus grande étendue pour les manuels et la pédale. Il a écrit sa musique de concert principalement pour les instruments américains. Ses premiers produits sont, entre autres, ses "Variations sur un Noël » op. 20 ou sa « Suite bretonne » op. 21, dont le premier mouvement « Berceuse » existe en deux versions. La première version était à l’origine pour piano et fut reprise pour une version pour orgue avec Christian Barthen : On se demande quand Dupré trouvait le temps de composer. Nombre de ses compositions furent écrites lors de ses tournées de concerts en bateau ou en train, comme les « Variations sur un Noël ». Comme le montrent les notes de Dupré sur la « Suite bretonne », il lui était difficile de composer d’un trait,
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car ses engagements étaient nombreux. La « Berceuse » a été écrite entre janvier et septembre 1923, le mouvement intermédiaire « Fileuse » entre janvier et juin 1924. Et le dernier mouvement « Les Cloches de Perros-Guirec » a été composé lors d'une tournée en Amérique le 19 mars 1924 lors d'une escale à Eau-Claire, dans le Wisconsin. Beaucoup l’ignorent, mais l'idée musicale de ce dernier mouvement n'était pas nouvelle. L'inspiration de base remonte à l’époque où Dupré était encore étudiant. En 1906, sans doute comme exercice préliminaire au Prix de Rome, il met en musique le livret de la cantate lyrique « Ismaïl » d'Eugène Adenis. Nous entrons dans la scène finale, dans laquelle le protagoniste Ismaïl se promène dans le désert avec son amante Leila. Peu de temps auparavant, les deux amants ont été surpris en flagrant délit, par le mari de Leila, dans des ébats amoureux. En conséquence, tous les deux sont bannis dans le désert, où ils finissent par mourir de soif dans la chaleur torride.
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Dans la version pour orgue, que nous entendrons à la fin, les amoureux mourant de soif sont devenus des paysans bretons marchant vers l'église à l'unisson des cloches. Si l'on repense à la musique des épisodes précédents, à la musique chorale, au Chemin de Croix ou à la Deuxième Symphonie, il est étonnant de constater la transformation de l’esthétique musicale qu’a traversée Dupré au cours de sa vie. Il est difficile de le classer dans un seul style. Dupré était le caméléon ultimatif dans notre petite niche du petit monde musical. Vous pouvez choisir n'importe quelle pièce de Dupré. Il est très difficile de dégager un style personnel car il s'exprimait dans des styles très différents. Mais je pense qu'il était une fabuleuse pie voleuse de différents styles musicaux. Il avait une oreille et un esprit musical fantastique. Il était capable de traduire toutes ces choses dans un langage musical très diversifié. Mais il s’attendait à ce que l’on s’investisse pour ça. Je pense que ce que l'on trouve chez Dupré, c'est une intégrité musicale absolue.
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Bach, bien sûr, est la grande pierre de touche pour nous tous. Il n'y a jamais de compromis avec Bach. Et on peut dire la même chose de Dupré. Avec Dupré, il n'y a pas de compromis dans la conduite de la voix, ni dans les structures, ni dans les aspects techniques, ses principes restent toujours présents. On peut discuter pour savoir si c'est de la grande musique ou non, si c'est de la musique inspirante. Mais ces principes sont toujours respectés. Et ces principes font que vous trouvez l'expression, le cœur de la musique comme un sous-produit de cette discipline. Tout autre que la musique de cet épisode, nous apparaitra la composition de « Résonances ». Il s'agit de sa dernière œuvre majeure pour orgue et orchestre, qui n’a été exécutée en toute première qu’en 2019 et que l'on entendra pour la première fois dans la version de Dupré pour orgue et piano dans le prochain épisode. Le projet « Nymphéas » débutera également la semaine prochaine, avec de jeunes organistes de talent du monde entier.
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Vous trouverez de plus amples informations sur www.dupre-digital.org/nympheas Soyez curieux, informez votre entourage et soutenez s’il vous plait Dupré Digital. Dupré est un compositeur très contradictoire. Je veux dire que ses œuvres ne sont pas toutes de la même qualité. Mais ses chefs-d’œuvre sont tout simplement merveilleux. Et je pense aussi que c'est une musique absolument moderne, différente de celle de ses prédécesseurs. Bien sûr, elle s'inscrit dans la lignée de la tradition de Widor. Pour moi, il s'agit d'une musique des années 1910 et 1920, avec toutes les caractéristiques de ce type de musique. Bien sûr, ça ne ressemble pas au "Sacre du printemps" [Stravinsky], mais on trouve des qualités communes à cette même musique, qui a mis Paris en ébullition dans les premières années du XXe siècle. Et je pense que parmi les musiciens modernes, Dupré mérite peut-être d'être reconsidéré.

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