Dupré Digital: Dupré – der Impressionist (Episode 1– Subtitles in English, French and German)

Dupré Digital: Dupré – der Impressionist (Episode 1– Subtitles in English, French and German)

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Language: French

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C'est une grande personnalité qui a recueilli les fruits du passé et les a transmis à la génération suivante. Il faut se rappeler qu'il a vécu deux guerres. C'est néfaste pour une carrière ou pour la vie. Il existe une vidéo dans laquelle il improvise. Il est déjà vieux, a les cheveux complètement blancs, et se réjouit comme un enfant : " oh, j'improvise une double fugue ". En même temps, il semble satisfait. Je pense que c'est fantastique ! Même s'il a traversé ces terribles guerres, il conserve sa joie de vivre. C'est magnifique. Il y a cinquante ans aujourd'hui, le 30 mai 1971, que décédait Marcel Dupré.
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Il était compositeur, organiste de concert, compositeur de lieder, musicien d'église, pédagogue, improvisateur, mari, père et grand-père. Je me présente : Tobias Frank. J'aimerais découvrir avec vous le cosmos musical de Dupré dans les mois à venir. Je voudrais vous rendre curieux et familier avec un compositeur qui, aujourd'hui, n'est en fait connu que des organistes. De nombreuses œuvres de Dupré sont encore inédites. J'aimerais vous en présenter quelques-unes dans ce projet qui vous surprendront par la variété de styles qu’elles présentent. Je profite de cette occasion pour remercier Alice Szebrat, petite-fille du compositeur, qui m'a soutenu dans mes recherches. Dupré digital vous propose de la musique, dont certaines pièces n'ont jamais été interprétées auparavant. Des entretiens avec des interlocuteurs de premier plan et des témoins contemporains révèlent des faits surprenants sur Dupré, le musicien et l'homme, et le replacent dans le contexte de son époque. Ce projet gigantesque n'aurait pas été possible sans le soutien de nombreux bénévoles.
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Je leur adresse des remerciements particuliers, ainsi qu'aux sponsors et aux acteurs dont le nom est associé à Dupré Digital. La meilleure façon d'avoir un aperçu de la complexité du projet est d’aller sur notre site web trilingue www.dupre-digital.org. Aujourd'hui et dans le prochain épisode, nous nous intéresserons à Dupré en tant qu'impressionniste et compositeur de musique vocale. Dupré a grandi à Rouen dans un foyer à l'éducation humaniste. On pouvait même admirer dans la maison un buste de Pierre Corneille, comme on admirerait un buste de Goethe chez les Allemands. Cette éducation de base et son talent musical le dotent d’une affinité sensible pour allier le langage et la musique. Dupré a écrit sa Danse orientale en 1913, alors qu'il était étudiant dans la classe de composition de Charles-Marie Widor. Nous parlerons d’ailleurs de cette classe dans le prochain épisode. La base de cette pièce musicale, inhabituelle à bien des égards, est le poème Les Bayadères, qui raconte l’histoire d’une danseuse du temple,
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d'une abeille et d'une découverte croustillante. L'orientalisme était à l'ordre du jour en Europe, et particulièrement en France, au début du 20e siècle. L'idée de l'Orient a incité de nombreux peintres et poètes à créer des œuvres romantiques. Jean Lahors, de son vrai nom Henri Cazalis, est l'auteur du texte. Plusieurs de ses livrets ont été mis en musique, notamment par Camille Saint-Saëns dans sa Danse macabre. Voici un entretien sur les textes des compositions vocales avec le professeur de langues et de littératures romanes, le Dr Albert Gier, à Heidelberg. Ce sont des danseuses du temple, exécutant leur danse. Une abeille vole, on ne sait comment, dans la poitrine d'une danseuse. Celle-ci s’effraie, car elle a peur d’être piquée.
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Pour tenter de se débarrasser de l'abeille, elle se découvre plus qu’il ne sied. Quand elle se rend compte qu’elle n’encourt pas de danger, elle rit et s’étonne. Elle se calme et couvre à nouveau sa poitrine. Je suis sûr que dans le public de l’époque, on a apprécié cette situation en se l’imaginant concrètement. À l'époque où ce texte a été écrit, l'Europe était en plein bouleversement économique et la vie s'accélérait. Les tableaux que les peintres ramenaient d'Orient donnaient une impression de plaisir et de joie de vivre, servant d'antidote au rythme trépidant de l'Europe. Les scènes de harem et de bains publics véhiculaient une image de détente associée à une touche d'érotisme. Le poème Les Bayadères d'Henry Cazalis sert cette composante érotique de manière nettement voyeuriste. Une attention particulière est accordée au pied, d'où pend une petite cloche :
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Car quand les dames dansent, leurs jupes se soulèvent. Ainsi, le pied - bien que couvert par la chaussure - est à peu près la seule chose que l'on puisse voir du corps. Il y avait à cette époque une certaine tendance au fétichisme des pieds, ce qui a disparu après 1918, car à partir de là, on découvre d’autres parties du corps, peut- être plus intéressantes. Le professeur Denis Rouger nous explique comment un tel texte puisse entrer dans le canon de l'enseignement du vénérable Conservatoire de Paris : En France, le Conservatoire a toujours été dans l'opposition, avec 60 millions de Français, on a 60 millions de partis politiques. L'Église catholique tenait à cette époque un rôle prépondérant. Si on avait au Conservatoire la possibilité d'écrire de la musique profane, on chantait encore les vieux maîtres comme Palestrina,
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mais on faisait beaucoup de musique profane en contrepoint, dont on avait besoin en musique sacrée pour les nombreuses églises qui en réclamaient. Par la suite, le conservatoire prit ses distances. Je pense qu'un tel texte n'aurait pas été bien accueilli dans la France catholique d’alors. Cependant, la société de l'époque semble avoir été plus ouverte d'esprit que je ne le pensais : La question est de savoir si les gens accrochaient ces tableaux montrant des scènes de harem avec des odalisques nues dans leur salon ou plutôt dans leur cabinet de travail, plus à l’abri des regards. Il ne faut pas non plus surestimer le catholicisme. Il y a, par exemple, l'influent critique littéraire Brunetière, qui disait ouvertement : "Je ne suis pas croyant, mais je vais quand même à l'église pour remplir ma fonction sociale. Nous devons également accompagner l'Église comme institution,
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car c'est aussi un moyen de discipliner une partie du prolétariat". Cela, il l’a écrit très ouvertement avant 1914. Il y avait un courant dans la société qui demandait plus d’ouverture. Carmen de Bizet est par ailleurs une oeuvre bien plus ancienne, mais elle a fait déjà scandale à l'époque par son érotisme. Et cet aspect du dangereux ou de l'interdit plaisait. Une telle chose ne se rencontrait pas au quotidien, mais en tant que représentation dans la musique ou l'art, c'était acceptable et normal, au début du 20e siècle. Parce que Dupré a sombré dans l’oubli, les gens disent 'je ne suis pas intéressé'. On préfère plutôt reprendre indéfiniment le célèbre « Die Zueignung « de Richard Strauss,
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de même que des Lieder moins intéressants de lui, parce qu'ils sont de Richard Strauss. C'est dommage. Je pense que tous, nous devrions redonner vie à ces compositeurs comme Dupré, car souvent leurs belles œuvres sont bien meilleures que des œuvres médiocres de compositeurs célèbres, qu’on exécute encore et toujours parce qu'elles sont de Beethoven ou Strauss. Dupré est loin d'être considéré comme un compositeur oublié. Mais pour certaines parties de son œuvre, c'est certainement vrai. Le fait que les premiers travaux de Dupré soient largement méconnus est également dû à Dupré lui-même. En effet, à partir des années 1920, il s'intéresse principalement à l'orgue. En tant que compositeur et interprète, il voulait faire de l'orgue un instrument pour grand public. Et il a réussi ! Des milliers de personnes ont rempli les salles de concert du monde entier pour découvrir sa virtuosité tant admirée. La virtuosité, c’est quelque chose d’important.
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Messiaen disait de Dupré, « qu’ il était le Liszt de l’orgue » Et ça c'était quand même un beau compliment. Dupré lui-même a décrit ses premières compositions comme des "péchés de jeunesse". Mais le sont-elles vraiment ? Après tout, elles ont été écrites à une époque où on imprimait déjà ses œuvres dont ses Trois Préludes et Fugues op. 7 qui avaient attiré l’attention. Cet Opus 7 est aujourd'hui l'une des œuvres les plus célèbres du compositeur, considérée alors comme révolutionnaire et injouable en raison de ses exigences techniques et totalement nouvelles. Bien entendu, les pièces vocales respirent l'esprit de leur temps, mais suivent néanmoins une approche nouvelle : On sent qu'il veut rester fidèle à l'école traditionnelle. Mais il existe néanmoins une approche innovante. Il est très orienté vers la contrapuntique.
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Les harmonies sont très belles et rappellent celles de Paul Dukas. On sent qu'il respecte la tradition, ce qui rend certaines choses un peu rigides. Mais je pense que c'est important pour la nouvelle génération qui veut composer quelque chose de nouveau. Ils peuvent utiliser la conscience de l'ancienne tradition comme source d'inspiration. Une fois, un étudiant est venu dans la classe d'Olivier Messiaen et a dit qu'il voulait vraiment étudier avec lui. (Messiaen) « Connaissez-vous les chorals de Bach ? » (L’étudiant) « Non. » (Messiaen) « Alors je ne peux rien faire pour vous. Je vous salue ! » et il l’a renvoyé immédiatement. Il était impensable pour Messiaen d'écrire de la musique nouvelle sans connaître l'ancienne.
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Je pense que c'est une bonne attitude à avoir, que de prendre en compte le passé. Nous retrouverons le thème du contrepoint à plusieurs reprises, car c'était aussi le but de Dupré de redonner vie à des formes anciennes. Mais c'est un autre chapitre. Avec La Source, Dupré a créé une pièce vocale dont le caractère est complètement différent de celui de Danse orientale. Dans Danse orientale, Dupré donne à chaque ligne du texte ou presque une composante dramatique musicale différente. La Source, en revanche, est imprégnée d'un même caractère émotionnel. Charles Leconte de Lisle, éminent représentant des Parnassiens, est l'auteur du texte. Les Parnassiens étaient un groupe de poètes français de la 2e moitié du XIXe siècle. Leurs œuvres se caractérisent par une rigueur formelle et une distance émotionnelle. Dupré adapte ici le caractère émotionnel de la musique au texte du poème, qui décrit une nature intacte dans laquelle les humains ne jouent aucun rôle. Tout le language respire une atmosphère paisible : les cerfs pensifs, les abeilles qui volent autour des chênes, les faunes qui dorment sous le feuillage.
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À propos, vous pouvez lire l'intégralité du poème, ainsi que les traductions allemande et anglaise, sur le site. C'est une scène dans laquelle il n'y a pas de mouvement. Une image de calme et de paix. Dans ce contexte, il est également approprié que la musique suive un continu dans son caractère émotionnel. C'est une grande et très belle œuvre. Elle appartient à la tradition musicale du début du 20e siècle. Je vous suis reconnaissant d'avoir déterré ça. C'est ce que nous, Français, aurions dû faire. Mais peu importe. La musique est magnifique et Dupré l'a façonnée - si l'on peut dire - à la perfection. C'est une bonne découverte. Traduction : Geneviève Günther L'épisode 2 sera en ligne à partir du 13 juin 2021.

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