Зеркало (FullHD, драма, реж. Андрей Тарковский, 1974 г.)

Зеркало (FullHD, драма, реж. Андрей Тарковский, 1974 г.)

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Language: French

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La restauration numérique de l'image et du son a été réalisée par la société cinématographique Mosfilm Les Studios MOSFILM de Moscou Quatrième Groupement Ton prénom, ton nom? Je m'appelle Iouri Jary D'où arrives-tu? De Kharkov. Où fais-tu tes études? Dans un collège technique. Toi et moi, nous allons procéder à une petite expérience. Tu me regardes attentivement. Là, dans les yeux. En avant. Tourne-toi de dos. Concentre-toi sur ma main. Ma main te tire en arrière. Présente tes mains à plat. Concentre-toi. Toute l'attention sur les mains. Les mains ne se relâchent pas!
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Toute ta volonté, ton ardent désir de vaincre, tout se concentre dans tes mains. L'effort des mains continue de croître. Les mains. Encore. Regarde tes doigts. L'effort se communique aux doigts. C'est d'ici que toute la tension passe dans les doigts. Regarde tes mains. Iouri, concentre-toi. Maintenantje vais compterjusqu'à 3, et tes mains ne bougeront plus. Un, deux, trois! Les mains ne bougent pas. Tu ne peux pas bouger les mains. Tu tentes de bouger les mains, mais elles ne t'obéissent pas. Tu n'arrives pas à faire un mouvement précis. À présentje supprime le flux, et tu vas parler distinctement, facilement, avec aisance. Et tu parleras toujours ainsi, à voix haute, distinctement.
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Regarde-moi. Je supprime la tension interne de tes mains et de ton élocution. Un, deux, trois! À voix haute et distincte: "Je sais parler!" Je sais parler LE MIROIR Dans les rôles de la mère et de Nathalia Margarita TÉREKHOVA Scénario: Alexandre MICHÉRINE et Andréi TARKOVSKI Réalisateur: Andréi TARKOVSKI Directeur de la photographie Guéorgui RERBERG Décors Nikola DVIGOUBSKI Musique d'Edouard ARTÉMIEV Son : Sémione LITVINOV Avec I.DANILTSEV, L.TARKOVSKAIA et A.DÉMIDOVA A.SOLONITSINE et N.GRIGNKO T.OGORODNIKOVA, I.NAZAROV et O.IANKOVSKI F.IANKOVSKI, I.SVENTIKOV et T.RECHETNIKOV Texte off lu par I.SMOKTOUNOVSKI Poèmes d'Arsène TARKOVSKI lus par l'auteur
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Morceaux musicaux de J.-S.BACH, PERGOLÊSE et PURCELL LE MIROIR Le chemin de la gare passait par Ighnatiévo, s'écartait sur la gauche peu avant le hameau où avant la guerre nous passions nos étés et à travers le bois de chênes poursuivait vers Tomchino. D'habitude nous reconnaissions les nôtres au moment où ils émergeaient de derrière le buisson poussé au cœur du grand pré. Si la silhouette tournait dans notre direction, c'était mon père, autrement ce n'était pas mon père, et ça voulait dire qu'il ne viendrait plus jamais. C'est bien le chemin de Tomchino? Il ne fallait pas tourner après le buisson. - Et ça... C'est quoi? - Quoi? Qu'est-ce que vous faites là, perchée sur la barrière? - J'habite ici. - Où? Sur la barrière? Vous voulez savoir comment aller à Tomchino ou bien où j'habite? J'ai pris ma trousse et oublié la clé.
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Vous n'auriez pas un clou ou un tournevis? Non, pas de clou. Vous me semblez nerveuse, qu'y a-t-il? Donnez-moi la main. Je suis le docteur. - Vous m'importunez. - Faut-il que j'appelle mon mari? Vous n'avez pas de mari. Votre alliance? En vérité plus personne ne la porte. Les vieilles personnes à la rigueur. On peut vous demander une cigarette? Mais pourquoi êtes-vous si triste? Et qu'est-ce qui vous rend si gai? Le fait déjà de tomber sur une femme émoustillante. Je tombe sur vous, etje vois toutes ces choses... Des racines, des arbustes... Vous ne vous êtes jamais dit que les plantes doivent sentir, qu'elles sont conscientes, qu'elles comprennent même... Les arbres, ce noisetier... - C'est un aulne. - Aucune importance.
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Ils sont là, ils ne galopent nulle part. C'est nous qui galopons, remuons, disons des incongruités. Parce que la nature qui est en nous, nous ne voulons pas nous y fier. Je ne sais quelle défiance, quelle presse perpétuelle, on n'a pas le temps de réfléchir. Quelque chose ne... Aucun danger. Puisque je suis médecin. Et "La chambrée N° 6"? Des inventions tchékhoviennes tout ça! Venez nous voir à Tomchino. Il est rare qu'on s'ennuie là-bas. Vous saignez! - Où ça? - Derrière l'oreille! Nous célébrions comme une révélation Chaque seconde de nos rencontres. Nous étions seuls au monde. Plus hardie et plus légère qu'aile d'oiseau Dans l'escalier comme un vertige Tu dévalais les marches deux à deux Et à travers les ruisselants lilas M'emmenais dans ton royaume
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De l'autre côté du verre miroir. Et quand la nuit advint Me fut octroyée la grâce, Les portes de l'autel s'ouvrirent, Et dans la pénombre s'allumant, Lentement ta nudité me salua. "Sois bénie...", murmurai-je À l'éveil, sachant bien téméraire Ma parole. Car tu dormais Et le lilas sur la table tâchait À poser l'azur du ciel sur ta paupière, Et ta paupière d'azur touchée Était sérénité, ta main était tiédeur. Dans le cristal le pouls des fleuves, L'envol des monts, la houle des mers. Endormie sur le trône, tu gardais La sphère lucide au creux de la main. Et - Juste Dieu ! - tu fus à moi. Tu t'éveillais, transfigurant Le quotidien vocabulaire d'homme, D'accents pleins et forts ta voix S'emplit et le mot "toi" livra Son nouveau sens et signifia "le roi".
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Métamorphosé, le monde, jusqu'aux Objets rustiques, - cuvette, broc, Quand entre nous s'interposa une eau veinée et dure, en sentinelle. Alors nous fûmes emportés je ne sais où, Comme mirages s'écartèrent devant nous Des cités bâties par miracle. La menthe venait en tapis sous le pied, Les oiseaux se plaisaient à nous suivre, Les poissons remontaient les cours d'eau Et le ciel bascula dans l'instant Où le Sort nous emboîtait le pas, Tel le fou qui empoigne un rasoir. C'est-y Dieu possible! Dounia! Qu'est-ce que c'est, Pacha?! Un incendie. Mais vous cessez de hurler! Toi, si je te tiens! Et si le Vitka est là-bas? S'il a brûlé? Klanka, où est-elle? De quoi? Papa. - Alexis? - Bonjour, m'man. Cette voix... Qu'as-tu? Rien de grave, une angine, je pense.
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Je suis resté trois jours aphone. J'ai même pensé : que c'est bon de se taire un peu. Les mots sont incapables de dire tout ce que l'homme ressent, ils sont amorphes. Je viens de te voir en songe. Comme si tu étais encore petit... À propos, en quelle année père nous a quittés? En 1935. Pourquoi penser à cela? Et l'incendie? Tu te rappelles, au hameau, la grange qui a flambé? La même année, en 35. Laisse, je ne veux pas penser à ça. Sais-tu que... Lisa est morte. Celle qui travaillais à l'imprimerie. - Seigneur... Quand donc? - Ce matin. À 7 heures. Et maintenant quelle heure est-il? - Pas loin de six heures. - Du matin? Que dis-tu? Du soir. Maman, nous nous disputerons longtemps?
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Pardon, si c'est de ma faute. L'imprimerie. Prochain arrêt Serpoukhovskaa. Où vous pressez-vous comme ça? Bonjour. Où est passé le placard que je corrigeais? Est-ce que je sais. J'arrive. Ici Élisabeth Pavlovna. Maroussia, qu'y a-t-il? C'est au sujet des épreuves de la nuit? L'édition du Gosslit? Ne t'énerve pas! Il faut chercher dans les casiers. Tu ne vas pas catastropher. Une édition comme celle-ci! Celle-ci ou celle-là, une édition ne doit pas comporter de coquilles. Tais-toi, idiote. - Qu'est-il arrivé? - Rien de grave. Je veux voir... Peut-être que je me trompe... Commençons par le commencement. Je préfère moi-même. Tout le monde se dépêche, tout le monde est pressé ! Vous pensez que j'ai peur? Est-ce que je ne saisis pas? La peur c'est pour les autres.
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Les uns n'ont qu'à faire le boulot, les autres n'ont qu'à avoir peur. Mais qu'est-il donc arrivé? Il est arrivé ce qui est arrivé. La presse a marché toute la nuit... Hier, je t'ai attendue toute la matinée. Ils ont compris que tu ne viendrais pas. Tu te souviens du temps qu'il faisait? Une fête! Je suis sorti sans manteau. J'arrive aujourd'hui et voilà, Une journée plus grise que jamais, La pluie, et ce soir qui n'en finit pas, Les gouttes qui filent sur les branches, Les mots sont impuissants, le mouchoir ne sert à rien... Tu vois qu'il n'y a rien eu? Que tout va bien. Tout va bien... Une faute tout simplement épouvantable. Pourquoi pleures-tu alors? Même que je l'ai vu à la composition ce mot. Quel mot? Ça fait du bien! De l'alcool. Peu, mais utile.
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Vois, tu es trempée comme une soupe! Tête de linotte! C'est vrai, trempée. Je crois que je vais prendre une douche. Où est le peigne? Tu sais à qui tu ressembles là? - À qui? - À Maria Timoféevna. Qui c'est ça encore? Tiens. C'est bien un peigne que tu veux? Non, mais quelle Maria Timoféevna? Tu ne te rappelles pas? La soeur du capitaine Lébiadkine. C'est fou ce que tu lui ressembles. Moi? Et en quoi? Fiodor Mikhalovitch, malgré tout... Tu as beau dire... Quoi? "Lébiadkine, apporte-moi de l'eau!" La différence c'est qu'au lieu de lui apporter son eau, le frère la tabasse. Explique, je ne saisis pas. Toute ta vie c'est comme son "apporte-moi de l'eau!"
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Un simulacre d'indépendance. Quand quelque chose ne te convient pas, Tu fais comme si ça n'existait pas. Qu'est-ce que tu vas inventer?! La patience de ton ex-mari m'épate. Il devait te laisser tomber bien avant. À la fin, que me veux-tu? Est-ce que tu le reconnaîtrais, même fautive? Pour rien au monde! Car cette situation, tu l'as créée de tes propres mains! Comme tu as échoué à faire partager par ton cher époux cet état démentiel que tu appelles l'émancipation, autant dire qu'il s'est carapaté à temps. Quant aux enfants il n'y a aucun doute, tu les rendras malheureux. Cesse de faire l'oiseau de malheur! Allons, quoi? Macha! Fiche-moi la paix! Ma vie terrienne franchie à moitié, Voici que je m'égare dans la forêt... J'ai toujours dit que tu es le portrait de ta mère. Probablement pour cela que nous nous sommes séparés.
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J'observe avec horreur comment Ighnate se met à te ressembler. Pourquoi avec horreur? Toi et moi, je ne sais pourquoi, nous n'avons jamais pu causer normalement. Quand je revois mon enfance et ma mère, Elle a toujours ton visage, c'est drôle? Au fond, j'en sais la raison. Vous me faites pitié pareillement toi et elle. Ah oui? Ighnate, pose ce verre à sa place! Tu ne pourras vivre normalement avec personne. Possible. Ne te vexe pas. Je ne sais pas, mais tu as la conviction que ta seule existence aux côtés des gens qui t'entourent doit suffire à faire leur bonheur. Tu ne sais qu'exiger. Parce que j'ai été élevée par des femmes. Si tu ne veux pas qu'Ighnate suive le même chemin, marie-toi en vitesse. - Avec qui? - Ça je l'ignore. Où laisse-moi Ighnate. Et toi, pourquoi ne t'es-tu pas réconcilié avec maman? C'était toi le fautif.
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En quoi? Elle s'est persuadée qu'elle sait mieux que moi commentje dois vivre. Qu'il lui faut construire mon bonheur. Pour ce qui est de maman, je le sens avec une acuité croissante. Quoi, avec acuité? Nous devenons toujours plus étrangers, Je n'y peux rien. Nathalia, trouve-lui une occupation! Il recommence avec son Espagne. Ça va finir par un nouveau scandale. Je voulais te demander... Nous refaisons l'appartement. Ighnate aimerait passer la semaine chez toi. Mais très volontiers. Que dit-il? Il présente le célèbre matador Palomo Linarès. Les adieux l'ont particulièrement impressionné. Toute la ville était dans la rue. Ils chantaient, ils dansaient. Sa mère a dut s'abstenir, elle était malade. Son père se tenait à l'écart, peiné et silencieux. Il savait qu'avec son fils ils pensaient à la même chose:
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allaient-ils jamais se revoir? Écoute, tu te moques de moi? Depuis le temps qu'on s'échinait en vain à te l'apprendre, or monsieur y arrive fort bien! Il a été en Espagne et n'a rien compris. Et vous-même, vous ne voudriez pas retourner en Espagne? Impossible, je suis mariée à un Russe. Mes enfants sont russes. Je lui en glisserai un mot! Ighnate! Arrive ici! Je pars. Toujours la même histoire, dès qu'on se dépêche... Abrège, fourre ça comme ça vient! Ça fait comme un courant électrique. Quel courant? Comme si j'ai déjà vu tout cela... C'est pourtant la première fois que je mets le pied ici. Donne-moi l'argent et cesse tes inventions. Ramasse ça ici, que tout soit propre. Et tu ne touches à rien. Si Maria Nikolaévna vient, Dis-lui qu'elle m'attende.
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Entre. Bonjour. Une petite tasse de plus pour le jeune homme. S'il te plaît, trouve le cahier. Dans l'armoire, le troisième casier. Je lis la page marquée par le signet. "Comme on lui demandait quelle était l'influence des sciences et des arts sur la moralité des hommes, Rousseau répondit: "pernicieuse". Ne lis que ce qui est souligné en rouge. "En dépit de ce que..." Ah, non. "La séparation des Églises nous coupa de l'Europe. Nous n'eûmes part à aucun des grands événements qui la bouleversèrent par la suite. Mais nous possédions notre vocation singulière. La Russie et ses immenses espaces absorba l'invasion tartaro-mongole. Les Tartares n'osèrent pas poursuivre au-delà de nos frontières occidentales.
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Ils se retirèrent dans leurs déserts, la civilisation chrétienne fut sauvée. Mais pour remplir cette mission nous devions mener une existence spécifique qui, tout en nous préservant en tant que chrétiens, fit de nous des étrangers au monde de la chrétienté. Pour ce qui est de notre insignifiance historique, je ne saurais être d'accord avec vous. Vraiment, vous ne voyez rien de considérable dans la situation actuelle de la Russie, susceptible de frapper l'historien de demain? Bien qu'attaché de coeur au souverain, Je suis loin d'être enthousiasmé par tout ce que je vois autour de moi. En tant que littérateur, je m'irrite, je suis offensé, mais, parole d'honneur, pour rien au monde je ne voudrais changer de patrie ou avoir une autre histoire que celle de nos ancêtres, telle que le Seigneur nous l'a donnée".
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D'une lettre de Pouchkine à Tchaadaiev. Le 19 octobre 1836. Va ouvrir. Je crois que j'ai fait erreur. Ighnate, raconte, comment va? Maria Nikolaevna n'est pas passée? Non... une je ne sais quoi a sonné... S'est trompée de porte. Trouve-toi une occupation, ou alors appelle des camarades. Tu as bien des petites amies? À l'école? Tu parles! À ton âge j'étais déjà amoureux... c'était pendant la guerre... Une rouquine... Ses lèvres étaient toujours gercées. L'instructeur militaire lui faisait la cour, il était réformé pour blessure. Tu m'écoutes? Où tu as tiré? Tu crois que je ne t'ai pas vu? Tu as tiré là-haut! Ben quoi? Puisqu'il n'y a personne. Et s'il y avait quelqu'un? - C'est des arbres. - Et s'il y avait quelqu'un dans l'arbre?
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Demi-tour! Demi-tourj'ai commandé! Pose la carabine à sa place. Ben j'ai tourné. Tu as appris ton Règlement du service armé? Faire un tour, en russe, ça veut dire exactement ce que j'ai fait. Faire un tour, ça veut dire tourner de 360 degrés. De quoi, de quoi? Exécuter! Sur la position de tir, en avant, marche! Toi, je t'envoie chercher tes parents. Quels parents encore? Les parents qu'il faut. C'est quoi la position de tir? Allonge-toi sur le matelas! Ses parents sont morts pendant le blocus. La position de tir c'est... la position de tir. - Markov. - Moi. Énumère les pièces principales de l'ar... De la carabine.
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La crosse. - La bouche. - Bouche toi-même. Ben qu'est-ce que c'est alors la bouche? Les mecs! Une grenade! Une grenade à fragmentation! Non! À terre! T'es fou! Tu ne vois pas que c'est du toc, pour l'exercice? Tu me parles d'un vétéran du blocus de Léningrad... Je ne crois pas aux pressentiments Et ne suis pas superstitieux. Calomnie, poison sur moi n'ont pas de prise. La mort n'existe pas. Tous et tout sont immortels. Tu ne dois craindre la mort ni à dix-sept, Ni à soixante-dix ans... N'existent que présence et clarté. Il n'y a ni ténèbres ni mort ici-bas. Déjà nous voici tous sur la côte, Je suis de ceux qui halent le filet Quand l'immortalité remonte des fonds. Habitez vos foyers, les foyers tiendront bon. Je convoque un siècle au hasard,
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J'y entre, j'y bâtis ma demeure. C'est pourquoi j'ai à table avec moi Vos enfants, vos épouses, Et même assiette pour l'aeul, le petit-fils- Ici, maintenant, s'accomplit le devenir. Car si je lève la main, Les cinq rais restent pour vous. Les jours révolus je les ai tous épaulés De mes clavicules-étais. J'ai mesuré le temps à la chaîne d'arpenteur, Et comme l'Oural je l'ai traversé de part en part. Carj'ai choisi le siècle à ma taille. Nous descendions au Sud, la poussière montait sur la steppe, La ronce fumait, le criquet polissonnait, Venant tâter de la moustache nos sabots et chuchoter des prophéties. Pour moi c'était la mort, foi de prieur. J'ai donc jeté mon sort en travers de la selle, Et dans les temps futurs, pareil au gamin, Je m'arc-boute sur mes étriers. J'ai assez de mon immortalité Pour qu'aille mon sang couler d'un siècle l'autre, Pour un coin sûr où il ne fait pas froid J'eusse volontiers donné ma vie, Encore que sa pointe ailée est le fil
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Qui me conduit sur les routes du monde. Maroussia! Et les enfants? Où sont les enfants? Je dirai que tu as volé un livre. - De quoi? - Je dirai. - Arrête, dis! - Allez, va cafeter! Je le dirai, si! Marina! Tu pourrais te pointer plus souvent. Tu sais bien qu'il s'ennuie de toi. Ighnate n'a qu'à venir chez moi. Tu parles sérieusement? C'est toi qui a dit qu'il le voudrait. On ne peut rien te dire... D'après toi, je l'ai inventé pour m'amuser? Tu veux, on le lui demande. À lui de décider... D'ailleurs ça te facilitera les choses. Je voudrais savoir en quoi? Tu as rangé tes livres? Va dire au revoir à ton père. Maman et moi, nous voulions te demander...
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Quoi? Tu seras peut-être mieux chez moi? Comment ça? Nous habiterons ensemble. N'en as-tu pas parlé avec maman? Qui a parlé? Quand? Non, pas de ça. Mais c'est vrai que nous nous ressemblons beaucoup. Alors là, pas une goutte! Qu'attends-tu de ta mère? Quelle sorte de relations? Celles que tu connus enfant sont impossibles. Tu parles de je ne sais quel sentiment de culpabilité envers elle, elle aurait sacrifié sa vie pour vous... Qu'est-ce que tu lui veux? Ces choses-là sont inévitables. Elle, elle rêve de te voir redevenu le môme d'antan, pour qu'elle puisse te prendre sur les bras, te défendre du bec et des ongles. Mais de quoi vais-je me mêler? Comme toujours... À quoi bon faire des vagues? Explique. Je l'épouse ou je l'épouse pas? Je le connais au moins? Non... Un Ukrainien?
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Qu'est-ce que ça peut faire? - Que fait-il? - Un écrivain. Il s'appelle pas Dostoevski des fois? Dostoevski. N'a rien écrit, un parfait inconnu. La quarantaine, je suppose? Une nullité par conséquent. Tu as beaucoup changé. Un incapable. N'écrit pas. Il écrit mais on ne le publie pas. Admire, notre cancre a fichu le feu à quelque chose. Tu as tort d'ironiser au sujet du cancre. S'il se fait mettre à la porte du lycée il est bon pour le service militaire, je vois d'ici comment tu te démèneras pour lui obtenir une exemption. Les fruits de ton éducation. Tu sais, un séjour aux armées n'aurait rien de désastreux pour lui. Pourquoi tu ne téléphones pas à maman? Elle a gardé trois jours le lit après la mort de tante Lisa... Puisqu'elle devait venir à cinq heures. Ça t'est si difficile de faire le premier pas? Laisse, nous parlons d'Ighnate. Il se peut qu'il y ait aussi de ma faute.
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Ou alors c'est l'esprit petit-bourgeois qui s'installe doucement? Un esprit petit-bourgeois, comment dire, barbare, asiatique. Pas de propriété privée, aisance croissante. À n'y rien comprendre. Qu'as-tu à t'irriter ainsi? De miens amis, leur fils de 15 ans leur déclare : "Je vous quitte. Ça m'écoeure de vous voir tourniquer en rond, leur faire à tous un sourire, aux chrétiens et aux paens". Bien, ce garçon. Pas comme notre nigaud. Le nôtre, malheureusement, ne diras jamais ça. J'imagine ce que sont tes amis! Pas pire que nous. Lui travaille dans un journal. Au fait, s'estime aussi être écrivain. Encore qu'il ne puisse comprendre qu'un livre ce ne sont pas des honoraires, c'est un acte. Le poète a vocation de secouer les âmes, non pas de former des idolâtres. Tout de même, que dois-je faire? Te marier. Tu ne te rappelles pas, le buisson ardent c'était avec qui? Tu sais, l'ange apparu sous la forme du buisson?
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J'ai oublié. Pas Ighnate en tout cas. Et si on le mettait à l'école militaire? L'ange qui prit la forme du buisson ardent s'est manifesté à Mose. Après ça, il a fait traverser la mer à son peuple. Pourquoi rien de tel ne m'apparaîtjamais? Moi, je fais régulièrement le même songe. Comme si quelque chose s'efforce de me faire revenir sur les lieux chers à pleurer où se trouvait la maison de grand-père, là où il y a 40 ans je suis né en toute simplicité, sur la table des repas. Mais quand je veux entrer, toujours pareil, quelque chose m'en empêche. Je le fais souvent ce songe. Et quand je reconnais les murs de rondins, l'entrée plongée dans l'obscurité, je sais déjà que ce n'est qu'un rêve. Et l'immense bonheur est gâché par l'attente de l'éveil.
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Parfois, pourje ne sais quelle raison, je cesse de voir en songe la maison, les sapins poussés autour de la maison de mon enfance. Etje commence à céder au cafard. Etje guette le retour de mon rêve, je le guette avec impatience, pour me revoir enfant et me sentir heureux de nouveau, parce que tout est encore à faire, tout est encore possible... - Maman, on entre par là. - Qu'as-tu? Bonjour. Bonjour. - Vous êtes Nadiejda Petrovna? - Je ne vous... Je suis la belle-fille de Matvéi Ivanov. C'étaient des amis de votre mari. Qui est ce Matvéi? Il est médecin, avant il habitait ici, puis il est allé s'installer à lourévets où il a un poste de juriste. Vous habitez en ville? Nous habitons à Moscou, mais nous avons une chambre à lourévets. Nous avons été évacués l'automne dernier.
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Les premiers bombardements sur Moscou, j'ai mes deux enfants. Maman avait ici des relations... Mon mari est absent, il est à Moscou. Cesse de te gratter! C'est vous que je cherchais. Une confidence de dames. Entrez. Nous n'allons pas rester plantées ici... Vous essuyez vos pieds. Macha vient de laver les planchers. Tu restes tranquille ici. Nous n'en avons pas pour longtemps. Pourquoi restes-tu dans le noir? Elle s'est éteinte? Pourquoi ne nous as-tu pas appelées? - Tu t'appelles comment toi? - Aliocha. Moi aussi j'ai un fils, Pas aussi grand que le vôtre, non. Les enfants à présent c'est un problème. La guerre. Moi qui souhaiterais avoir encore une fille. Je vous le montre? Il dort. Nous ne ferons pas de bruit. C'est un enfant étrange. L'autre jour il demande à son père: "Pourquoi les 5 kopecks sont plus grands que les 10?" J'en suis restée baba, son père non plus n'a rien trouvé à lui dire.
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Lui c'est une fille qu'il voulait. Il avait déjà un prénom. J'avais préparé la layette rose, tout - les langes, le ruban. Il m'a fallu tout refaire. Tu nous as bien attrapés, petit brigand. Nous t'avons réveillé? Voilà comment elle est ta maman, une bavarde incorrigible. Qui c'est qui nous rend visite? Quelqu'un que tu ne connais pas? Allons bon, tu n'arrives pas à te réveiller? Dors alors, mon poussin. Est-ce que ça me va? Et la bague? - Qu'avez-vous? - Je ne sais, un malaise. La route vous a fatiguée, J'aurais dû y penser avant. Buvez déjà ça, réchauffez-vous. Je cause, je cause, et le dîner qui va le préparer? Je vous prie, ne vous inquiétez pas pour moi. - Vous n'allez pas repartir comme ça? - Nous avons mangé avant de partir.
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Quelle mauvaise toux, votre gars! Toute la journée à traîner dehors... Il faut que mon mari l'examine. Nous ne pouvons plus attendre, songez que nous avons 2 heures de route. Et les boucles d'oreille? L'argent c'est mon mari. Nous allons tuer un poulet. Seulementje dois vous demander... J'en suis au quatrième mois, la nausée ne me lâche pas. Il suffit que je traie la vache pour que ça remonte... Alors le poulet... Vous ne pourriez pas? Vous savez... Comment, vous aussi? Non, mais je n'ai jamais fait ça. Pensez-vous, c'est deux fois rien. Sûre qu'à Moscou vous mangez les cadavres. Je fais ça ici, sur ce billot. La hache. Mon mari l'a affûtée ce matin. - Ici, dans cette pièce? - Nous poserons une cuvette. Comme ça demain vous emporterez votre poulet. Je ne pourrai pas. Demandons à Aliocha alors? Un homme malgré tout.
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Aliocha, non... Si c'est comme ça, tenez-le bien. S'il s'échappe la vaisselle est fichue. Ae, ça ne va vraiment pas... Eh bien? Calme-toi! Tout ira bien. C'est triste que je ne te voie que lorsque je suis au plus mal... - M'entends-tu? - Oui. Tu vois, je m'envole. Qu'y a-t-il, Maroussia? Ça ne va pas? Ne sois pas étonné. Je t'aime. Comment, vous partez? Et les boucles? Mon mari va arriver. - C'est lui qui a l'argent. - Nous avons changé d'avis. Une course de 20 kilomètres. Vous n'allez pas partir à la nuit tombante? Ce n'est pas grave, ne vous inquiétez pas. L'homme n'a qu'un corps, un seul. L'âme en a sa claque De l'enveloppe opaque Avec oreilles et yeux Grands comme cent sous Et la peau couturée de cicatrices Tendue sur les os.
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Elle file par la cornée Se jeter dans les ruisseaux célestes, Enfourcher l'aiguille de glace, Sauter dans le char de l'oiseau. Et derrière les barreaux De son vivant cachot Elle écoute crépiter forêts et champs, trompeter les sept océans. L'âme sans le corps se sent honteuse, Comme le corps sans camisole, Ni projet, ni travaux, Ni idée, ni parole. Sans solution la devinette: Qui retourne dans son coin Après avoir dansé sur une piste Désertée par les danseurs? Je rêve alors d'une autre âme, Vêtue différemment: Elle flambe, elle saute D'hésitation en espérance, Flamme brûlant sans ombre comme l'alcool Qui court au ras du sol, Laissant sur la table pour mémoire Une grappe de lilas. Cours, mon enfant, et ne plains pas la malheureuse Eurydice, Et propulse à coups de baguette Ton cerceau de laiton par la planète, Tant qu'en écho à chacun de tes pas, Ne fût-ce qu'au quart de voix,
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Gaiement et sèchement la Terre Continue de bruire à ton oreille. Maman, la lampe qui fume. Tu dis? Tout va dépendre de lui-même. Comment une angine a-t-elle pu avoir de tels effets? L'angine? Rien à voir. - Un cas tout ce qu'il y a de courant. - Courant? La mort brutale d'une mère, d'une femme, d'un enfant... Deux, trois jours - tout est fini, alors que le défunt était en parfaite santé. Mais il n'y a pas de décès chez lui... Songez aux scrupules... à la mémoire... Qu'a-t-elle à voir la mémoire? - Vous l'estimez en un sens coupable? - C'est son avis. Fichez-moi la paix! - Vous avez dit quelque chose? - Fichez-moi la paix! Être heureux, c'est tout ce que je voulais. Et ta mère, si tu ne guéris pas? Tu y as pensé? Te frappe pas, tout s'arrangera...
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Tout... Qui préfèrerais-tu, un garçon ou une fille? FIN La restauration du film a été réalisée par : Igor Bogdassarov, Victor Tamazine Anatoli Pétritski, Irina Agafonova Producteur de restauration : Karen CHAKHNAZAROV 

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